[Évènement] De l'analyse à la résilience


La ville résiliente, nouveau concept à la mode ou réel projet ?


Une ville résiliente gère efficacement son développement actuel et les futurs aléas en s’appuyant sur deux principes majeurs :

  • La connaissance qui lui permet de mieux comprendre les besoins de ses citoyens et ainsi de structurer ses services pour mieux y répondre.
  • L’anticipation qui permettra ensuite à la ville de s’adapter aux changements environnementaux, qu’ils soient brutaux comme une catastrophe naturelle, ou plus diffus comme la densification progressive du tissu urbain.

Il n’est pas aisé de passer des mots à l’action, la ville étant un système complexe où chaque infrastructure impacte en cascade le fonctionnement des autres. Ces infrastructures vont devoir elles-mêmes être résilientes, et pour cela prendre en compte les besoins des individus.

La gestion des flux peut avoir des conséquences extrêmement bénéfiques tant dans le domaine de la sureté-sécurité que de la mobilité. Positionner ces flux au centre de la gouvernance urbaine est indispensable pour penser efficacement la ville de demain. C’est ce qu’affirme Julien Piacentino, EMEA business leader, lors de son passage à Aix-en-Provence pour le forum Envirorisk 2021. Retour en vidéo sur son intervention :


Retranscription de son intervention :

"Bonjour mesdames, bonjour messieurs, merci de nous accueillir à Aix aujourd’hui et merci à Safe Cluster pour votre invitation.

Je représente la société ONHYS, nous sommes basés à Sophia, nous sommes spécialisés dans la gestion des flux des personnes dans les environnements urbains. Quand on dit « personne », nous, on s’est focalisés sur le piéton à travers deux types de solutions : la simulation pour la planification et la gestion opérationnelle temps réel pour l’exploitation de l’information.

Nos solutions ont été labellisées par le Comité Stratégique de Filière (CSF) Industries de Sécurité pour les JO Paris 2024, chose dont nous sommes très fiers et nous travaillons avec un vaste éventail de clients : collectivités, institutionnels, constructeurs (comme Bouygues, la principauté de Monaco), et nous avons de forts liens académiques.

Alors, je me suis livré à l’exercice de recherche d’une définition de la ville résiliente. Quand on tape « définition résilience » sur Google, il y a 3 444 000 résultats. J’ai alors fait un travail de fond, j’ai lu chaque définition de la première page et j’en ai retenu une, qui de mémoire revient à dire : « Faire le constat, prendre acte d’une situation, identifier ses causes et bâtir pour le futur avec durabilité ». Et ce mot-là n’est pas anodin. Pourquoi j’aime cette définition ? Car elle s’applique aussi bien à la ville que l’on va aménager, qu’à la personne, au piéton, à ce qu’on fait pour être résilient dans notre vie.

Et finalement, c’est la personne qui fait la ville aujourd’hui. C’est vous, c’est moi. C‘est l’ensemble des habitants d’Aix et pour faire un petit peu de John Lennon, du monde quelque part.

Et à nouveau, ce n’est pas anodin car on va penser la ville pour la personne, et ce qu’il faut faire si on veut être résilient, autour de trois axes :

  • L’aménagement : comment on va configurer le bâti, là où vont évoluer les gens.
  • La mobilité : comment on va faire évoluer et agréger un piéton qui marche sur un passage clouté et une trottinette à fusion nucléaire par exemple, ou encore un véhicule volant autonome.
  • La sécurité : ça parait évident, et vous voyez qu’il y a un nouveau mot que j’ai ajouté, qui est le sanitaire, chose qui est maintenant un peu encrée dans les esprits. Malheureusement durablement, mais on ne peut plus s’en exonérer.

Vous voyez ici une simulation de la place Masséna dans son jumeau numérique que nous avons reconstruit, d’ailleurs je vois dans la salle quelques-uns de nos partenaires en matière de jumeaux numériques. Et donc nous avons simulé la marche nominale de cette place Masséna un samedi après-midi.

Cette place est typique car c’est l’archétype, pour moi, de la résilience. Elle a été pensée pour ça car on a des personnes avec des comportements et usages différents : des touristes, des personnes qui vont travailler, des personnes qui se rendent à tel ou tel événement puisqu’on a le théâtre de verdure à gauche (qui accueille fréquemment des concerts), des espaces verts, des espaces récréatifs et cette place est régulièrement reconfigurée à l’occasion de Noël, du festival de Jazz,… Elle est donc multi-usages, multi-comportements, multi-acteurs on va dire. Et elle a été pensée pour agglomérer et faire cohabiter toutes ces différentes personnes.

Vous voyez un tramway, des voies pour les véhicules et on y croise beaucoup de trottinettes et les fameux vélos bleus. On a procédé à cette simulation pour montrer, et c’est l’enseignement que l’on en tire, que les flux des personnes doivent impérativement être au centre de la gouvernance urbaine aujourd’hui, si on veut penser la ville de demain efficacement avec toutes les problématiques que j’ai décrites.

Dans ce sens, nous avons travaillé par exemple avec le Gouvernement monégasque pour la mise en place d’un TCSP, un bus-tram propre, dans une zone qui est actuellement toujours piétonne. On a travaillé avec eux pour le projet en simulant la marche de cette zone un jour normal (à 30 ans, lorsque le TCSP sera en place) avec tout l’impact sur l’écosystème et l’environnement piétonnier mais aussi pendant tout le phasage de chantier. Car il ne s’agit pas de dire « on pose des briques, des briques, des briques ; on ne regarde pas ce qui se passe autour et advienne que pourra ».

Cela a permis à la Principauté de déjà réfléchir aux déviations à mettre en place, au repositionnement des terrasses, au renouvellement ou non de concessions de terrains,… Encore une fois, une approche durable et globale.

Si on pense à une approche globale de la ville pour penser la ville, il faut aussi penser à l’échelon un peu plus microscopique puisque chaque infrastructure doit elle-même être résiliente. Vous voyez ici, c’est une gare. C’est un bon exemple car une gare aujourd’hui, ce n’est pas qu’un hub de transport. C’est aussi un centre commercial, un accès à un match de foot, la sortie d’un festival par exemple et la connexion au reste de la multi-modalité.

Vous voyez ici un bus, on peut avoir un parking, des vélibs, des trottinettes en libre-service… La gare a différents usages et différents usagers : on va voir des voyageurs qu’on peut appeler « business », qui prennent tous les jours le même train, des familles en vacances, des gens qui se rendent, par exemple, à un match de foot, et à chaque fois la gare va être impactée.

Fréquentation, comportement des gens, vitesse de déplacement, … Lorsqu’on a tous les supporters d’une équipe qui sortent en même temps d’un match et qui se retrouvent dans la gare, on arrive à une densité assez significative. Et que ce soit pour des futures gares, on a les JO 2024 qui se profilent, où là, on pourra penser cette gare dès le départ pour tous ses usages, ou pour une gare existante où on ne peut pas pousser les murs, on va pouvoir travailler sur les procédures, par exemple d’évacuation.

Avoir cette réflexion pour chaque structure, ça permet d’arriver à cette cohérence globale. Les simulations permettent, par exemple, d’aller montrer selon chaque scénario, les types de densité pour identifier immédiatement les problèmes de congestions. Elles permettent également de sortir les cartes de contamination pour montrer où seront les difficultés sanitaires.

On parlait d’évacuation, on parlait de Safe City, je vous fais un très bref retour sur un travail que nous avons fait pour la ville de Nice et la police municipale : c’est l’évacuation du marché de Noël. Nous avons testé différents scénarios dont le scénario principal, retenu par la ville, avec la procédure telle qu’elle était prévue. Nous avons identifié quelques pistes et quelques points d’attention, on a pu tester d’autres scénarios, montrer les résultats à la ville qui a adopté un scénario final.

Hasard de l’histoire, quinze jours après, il y a eu une vraie évacuation, un colis abandonné. Je précise immédiatement que nous ne sommes pas à l’origine de ce colis pour faire un retour d’expérience grandeur nature ! Mais le retour global de la police a été très favorable. Ils ont acté le fait que le comportement des gens correspondait à ce que nous avions montré en simulation.

Je vais terminer par un point essentiel que je vais appeler la résilience au quotidien. Donc on a parlé de la planification, de tout ce qu’on pouvait faire avant, de comment on allait penser la ville, mais après, il faut la gérer. C’est bien d’avoir tout défini, d’avoir limité le nombre d’aléas, de s’être préparé, mais il peut toujours se passer des choses.

On a aujourd’hui une solution pour détecter les aléas également au service du public, des citoyens et au service des opérateurs. Cette solution s’appelle ONHYS Qualia. On déploie avec l’aide de nos partenaires des dispositifs de captation et nous agrégeons aussi toutes les données disponibles de la part des villes. Aujourd’hui, on a de la donnée de partout, la question c’est : qu’est-ce qu’on en fait ?

Nous les traitons et les restituons avec des métriques à valeur ajoutée, pas seulement pour les mairies mais aussi pour les opérateurs de stades, de gares, le SDIS, la police municipale, … toutes les personnes qui seront concernées par les flux des individus. Et ce pour qu’ils aient la capacité de réagir, et non pas uniquement de voir les choses se dérouler sous leurs yeux. La capacité de détecter de manière précoce les aléas et d’être parfaitement organisés.

Voilà un peu le sens de ce que je voulais vous dire, et je trouve que ça fait assez bien le lien avec tout ce qu’on a appris aujourd’hui."

Posted in Actualité on oct 14, 2021